Le projet
Un livre sur ce que chaque langue rend pensable
Il existe des choses qu'une langue dit d'un seul mot et qu'une autre met une phrase à contourner. Ce livre part de là. Une douzaine de langues — vivantes, mortes, créées, créoles, signées — et à chaque fois la même question : qu'est-ce que cette langue rend pensable ?
L'idée
Pas un manuel, pas un guide de voyage
Les livres sur les langues se rangent en général dans deux catégories. Les manuels, qui apprennent à demander son chemin. Et les anthologies de curiosités, qui alignent des mots exotiques sans jamais rien construire.
Ce livre vise entre les deux. Il prend au sérieux l'idée que parler une langue, c'est habiter une forme de pensée — et il essaie de la démontrer, langue par langue, texte par texte, sans jargon et sans prérequis.
Chaque chapitre suit la même architecture : l'écriture, le nœud grammatical, les intraduisibles, un texte fondateur expliqué phrase à phrase, ce que la traduction en perd, les faux amis, un entretien, et vingt minutes d'exercice pour lire son premier mot. La répétition n'est pas une facilité : c'est elle qui rend la comparaison possible.
Le choix des langues
Pourquoi celles-là
Trois critères, dans cet ordre. La diversité structurelled'abord : des langues à cas, à racines, à marqueurs d'aspect, à sinogrammes, à main — de quoi couvrir l'essentiel des grandes options que prennent les langues du monde.
La densité littéraireensuite : chacune porte une littérature qu'on peut ouvrir à n'importe quelle page.
Et quatre cas limites, qui font le sel du livre : une langue morte que personne n'a pour langue maternelle (le latin) ; des langues nées en une génération d'une rencontre forcée (les créoles) ; une langue fabriquée exprès pour ne favoriser personne (l'espéranto) ; une langue sans parenté connue, dont l'alphabet a été inventé un jour précis de 1443 (le coréen). Et la langue des signes française, qui n'a pas d'écriture, donc pas de livres, et pose de ce fait la question la plus intéressante de toutes : une littérature peut-elle exister sans page ?
À côté, des incursionsreviennent d'un chapitre à l'autre : le grec ancien, le polonais, le luxembourgeois, et des systèmes qui signifient sans être des langues — le dessin, la musique, les signes de la criée, les mathématiques, le code informatique.
Le lecteur
Pour qui
Pour qui a déjà eu la sensation, en apprenant une langue, de devoir déplacer quelque chose dans sa tête. Pour les curieux qui n'ont ni le temps ni l'intention d'apprendre dix langues, mais qui veulent comprendre ce qu'elles font. Pour les professeurs, les traducteurs, les élèves de lycée et de prépa qui cherchent des exemples qu'on ne trouve pas dans les manuels.
Aucun prérequis. Aucun mot laissé sans traduction. Aucune page où il faille déjà savoir.
L'auteur
Qui écrit
Raphaël Payet, professeur de français et de philosophie. J'enseigne du collège à la prépa, et je passe mes journées à faire le même geste : ouvrir un texte et montrer comment il est fait. Ce livre applique ce geste à dix langues au lieu d'une.
J'apprends moi-même plusieurs de ces langues — allemand, russe, chinois, espagnol, arabe, luxembourgeois — et je sais donc exactement à quel endroit on décroche. Le livre est écrit depuis cette place-là : celle de quelqu'un qui débute encore, pas celle du spécialiste qui a oublié la difficulté.
Pour les chapitres où ma compétence s'arrête — et il y en a — je travaille avec des locuteurs, des traducteurs et des signeurs. Chaque entretien sera signé.
Où ça en est
L'état des travaux
Le plan est arrêté, les chapitres sont cadrés — la dernière place ouverte, celle de l'isolat, est revenue au coréen — et l'écriture est en cours. Le carnetraconte l'avancée réelle, y compris ce qui coince.
En écriture — parution à préciser